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jeudi, juillet 7, 2022

L’agriculteur a besoin des autres acteurs conomiques du territoire pour faire sa propre transformation

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Le Varenne agricole de l’eau va questionner la gestion des risques, l’adaptation de l’agriculture aux changements climatiques et le partage de l’eau. Retour avec Sbastien Treyer, directeur gnral de l’Iddri sur les enjeux de ces problmatiques.

   

Sbastien Treyer
Directeur gnral de Institut du dveloppement durable et des relations internationales (Iddri)

   

Actu-Environnement: Les discussions du Varenne agricole de l’eau, notamment de la thmatique 3, sur le partage de l’eau dmarreront en septembre. L’association France nature environnement a choisi de ne pas participer, estimant que ce dernier tait surtout vise lectorale. Quel est votre perception de l’vnement?

Sbastien Treyer: La demande que je perois travers les cadrages du Varenne agricole de l’eau est l’obtention de garanties pour les agriculteurs sur un certain nombre d’ouvrages de stockage. Nous comprenons bien pourquoi le secteur agricole est en qute de prvisibilit en matire de l’accs l’eau. Mais je trouve cette requte complique pour deux raisons: tout d’abord, dans le contexte volutif du changement climatique, la premire chose faire c’est de rduire la dpendance l’eau du secteur agricole.

Obtenir de la prvisibilit sur l’accs l’eau de l’agriculture sans discuter en parallle des transformations du secteur pour rduire sa dpendance ne me semble pas partir sur des bonnes bases. Cela voudrait dire essayer de garantir le mme type d’agriculture alors que pour beaucoup d’autres raisons, nous rflchissons des transitions: bas carbone, pour protger la biodiversit, qui permettent au secteur agricole de mieux se positionner dans la comptition internationale, etc.

Or la rduction de la dpendance l’eau, je ne la trouve pas extrmement prsente dans la thmatique 3.

AE: Je me permets un petit apart, existe-t-il plusieurs niveaux d’conomie d’eau et donc plusieurs niveaux dans la rduction de dpendance?

ST: Oui. Un premier tour de vis vise l’augmentation de l’efficience de l’usage de l’eau: de rduire les pertes, de ne pas avoir de tuyaux d’irrigation perc, etc. Au final, pour la mme production agricole d’utiliser moins d’eau. L’objectif est qu’il y ait plus de quantit de biomasse produite pour chaque goutte d’eau utilise.

Le second tour de vis – qui parat indispensable serait de se demander si l’eau rare est utilise bon escient Par exemple, est-ce que produire du mas dans le Sud-ouest de la France est vraiment la meilleure manire d’utiliser de l’eau rare des coteaux de Gascogne? Cela implique des pandages de pesticides, les filires animales qui consomme ce mas l’aval ne sont plus autant demandeuses qu’avant, les conditions climatiques vont galement peut-tre rendre impraticables le secteur. Il faut se demander quelle est la valeur conomique et socitale de l’usage fait de chaque goutte d’eau.

Rduire la dpendance l’eau est difficile car elle implique des changements structurelset demande des transformations profondes de la structure du modle agricole, des marchs l’aval, des filires, etc. Ce second moment est trop peu pos dans la discussion de la thmatique 3 qui cherche surtout scuriser et donner de la visibilit pour l’eau agricole.

AE: Quel est le second point dlicat selon vous concernant le cadrage du Varenne?

ST: Il est important que le Varenne permette de donner une nouvelle impulsion des dynamiques de projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE): c’est une ngociation politique locale qui va permettre de donner un peu de prvisibilit aux acteurs.

Il ne me semble pas qu’on puisse la dcrter depuis Paris. Je plaide donc pour que les PTGE soient discuts de manire globale et avec l’ensemble des acteurs du territoire: que ces derniers se mettent d’accord sur un projet territorial incluant l’agriculture et l’ensemble des filires qui en dcoulent. Ensuite seulement, pourra tre dfini un partage de l’eau qui paraisse cohrent: une allocation de la raret vis–vis de ceux qui en feront la mme valeur socitale pour le territoire. Au sein de l’Iddri, nous allons regarder comment les PTGE pourraient permettre d’initier ce projet global de transformation de l’conomie du territoire dans lequel l’agriculture a un rle essentiel jouer mais pas le seul – il y a beaucoup de problme de multifonctionnalit des espaces ruraux. Ensuite nous pourrons en dduire ce que cela signifie en termes de partage de l’eau.

Le changement climatique va peser sur nos territoires et transformer beaucoup de secteurs. L’action pour la transition cologique et la pression conomique sont galement trs volutives. La transition agricole est invitable d’un point de vue conomique: nous sommes un moment clef de transformation des grands bassins de production. Par exemple, en Bretagne, des dbats s’ouvrent pour savoir si c’est encore crdible comme projet conomique de faire du cochon et du lait de masse.

AE: Un certain nombre de blocages existent dj dans la constitution d’un PTGE: les visions s’opposent entre les diffrents acteurs et souvent les conflits apparaissent ds la dfinition du volume d’eau disponible. Existe-t-il des outils pour permettre une discussion et ngociation plus sereine?

ST: Des dmarches innovantes d’utilisation de la prospective ont t exprimentes. Nous pouvons prendre l’exemple du schma d’amnagement et de gestion des eaux (Sage) du Blavet (bassin Loire Bretagne). En prenant au srieux la phase prospective dans un Sage, nous sommes capables de penser le territoire et sa projection dans l’avenir, ce que les acteurs veulent faire ensemble Ainsi nous sortons des ngociations de jeu somme nulle: ce que l’un perd, l’autre le gagne.

Il faudrait que dans les PTGE il y ait une phase prospective solide qui explore quelles sont les grandes volutions du territoire et de l’ensemble des secteurs conomiques pour se projeter dans un projet qui soit pens long terme par rapport tous ces changements.

AE: Selon vous, l’approche territoriale permettrait de faciliter la transformation agricole?

ST: Un des lments clefs des transformations du secteur agricole est la question de la diversification notamment pour des enjeux de climat et biodiversit. Si nous voulons rduire la pression en pesticides, il faut lutter contre la tendance au dveloppement de grandes rgions agricoles centres sur une ou deux cultures et la simplification des rotations – par exemple le bl-colza dans le bassin parisien – qui agronomiquement ne peut pas tenir sans normment de chimie. Si nous voulons un paysage agricole en capacit de mieux retenir l’eau, nous devons recomplexifier les paysages agricoles et rediversifier les types de produits cultivs dans cet espace. Toutefois nous ne pouvons pas demander aux agriculteurs de faire seuls cette rediversification: il faut construire l’chelle d’un territoire, d’une rgion ou d’un bassin de production, une filire qui permette la fois la collecte, la transformation et la mise sur le march avec de rels dbouchs. Par exemple, pour dvelopper des filires – bas niveau d’utilisation d’intrants – de chanvre pour les matriaux d’isolation, il faut un ensemble d’accords obtenus une chelle territoriale: comme le soutien financier de l’agence de l’eau pour une usine de transformation, le fait que des villes soient prtes signer les premiers contrats de marchs publics pour l’isolation dans les btiments publics, que les acteurs de la construction dans le bassin assurent qu’ils utiliseront ce matriau. L’agriculteur a besoin des autres acteurs conomiques du territoire pour faire sa propre transformation.

AE: Comment accompagner financirement cette transformation?

ST: Le cot de la transition agricole peut s’taler sur plusieurs annes et donc est difficile encaisser pour un agriculteur ou une cooprative. Pour aider la transformation, nous pouvons essayer de dfinir des aides par exemple de la PAC mais galement d’acteur comme les agences de l’eau. Par exemple, si le projet de territoire dans le cadre d’un PTGE est d’abandonner le mas pour un projet beaucoup plus diversifi: la ngociation locale pourrait aboutir un soutien de l’agence de l’eau.

Dans le tour de table du financement de la transformation, les assureurs pourraient galement avoir un rle jouer. La question de la diversification de la production peut constituer une stratgie de rduction du risque. Il ne faut pas discuter les mcanismes assurantiels modle agricole constant: la manire dont les primes d’assurance psent sur telle ou telle filire, dont l’assureur value le risque et le niveau de la prime d’assurance, tout cela est li au modle agricole. Or, les grands espaces de monoculture sont trs vulnrables aux alas climatiques alors que les paysages agricoles complexes avec des haies et un ensemble de culture – qui n’ont pas les mmes moments de maturit – sont plus rsilients.

Les assureurs sont aujourd’hui des entreprises avec des mtiers multiples entre le Crdit agricole et Groupama, il y a un continuum qui fait rend intressant la prsence des assureurs dans le tour de table. De la mme manire, vu l’importance des indemnisations, il est important que les mcanismes ports par l’tat fassent partie de la discussion.

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Article publi le 31 aot 2021

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