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lundi, juin 27, 2022

L’arrt d’Astrid remet en question plusieurs dcennies de stratgie nuclaire franaise

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La France a fait le choix de sparer le plutonium et l’uranium appauvri La Hague pour alimenter des racteurs de 4me gnration. L’abandon du racteur Astrid remet en cause cette stratgie. L’avenir de La Hague est sur la sellette.

En aot 2019, le CEA annonce l’abandon d’Astrid, le projet de racteur nuclaire de 4me gnration capable de consommer les produits issus du recyclage des combustibles uss. Ce projet s’inscrivait dans la ligne des racteurs franais neutrons rapides refroidis au sodium initie avec Rapsodie (en service de 1967 1983) et poursuivie avec Phnix (1974 – 2009) et Superphnix (1984 – 1997). L’arrt d’Astrid remet en cause la stratgie franaise de retraitement du combustible us conduite depuis plusieurs dcennies, alerte un rapport de l’Office parlementaire d’valuation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) prsent ce mercredi 21 juillet. Les parlementaires demandent que [soit fonde] une nouvelle stratgie de recherche sur le nuclaire avanc au travers d’un projet ou d’une proposition de loi programmatique.

La stratgie de fermeture du cycle est clairement remise en cause

En ne poursuivant pas Astrid, la France met de ct les investissements raliss depuis 40ans pour rutiliser les matires et fermer le cycle [du combustible], explique l’Opecst. Il s’agit d’abord des investissements de recherche raliss depuis la fin des annes 1950. Sur ce point, l’Opecst demande que [soit identifie] la meilleure faon de valoriser les acquis du projet Astrid et des travaux prcdents sur les racteurs neutrons rapides refroidis au sodium. L’Opecst craint surtout la perte de comptence, l’image de ce qu’il s’est pass avec l’arrt de la construction de racteurs classiques. Les difficults rencontres sur le chantier de l’EPR en tmoignent, rappelle l’Office qui dfend le lancement d’un nouveau projet de racteur de 4me gnration.

Mais l’enjeu est en ralit ailleurs: l’arrt d’Astrid n’est pas qu’une question de choix technologique, a touche beaucoup de sujets, alerte le rapporteur Stphane Piednoir (dput Les Rpublicains du Maine-et-Loire). L’un des plus importants est le choix franais de fermer le cycle du combustible. Par fermeture du cycle, on entend la stratgie qui consiste retraiter La Hague (Manche) le combustible us des racteurs actuels pour sparer les dchets radioactifs de haute activit, le plutonium et l’uranium appauvri. Les dchets sont destins tre enfouis Bure (Meuse), alors que le plutonium et l’uranium appauvri sont censs entrer dans un nouveau cycle de production nergtique avec des racteurs de 4me gnration.

L’abandon de cette stratgie de fermeture du cycle est-elle envisageable? L’arrt d’Astrid pose clairement cette question, s’alarme Stphane Piednoir. Le rapport juge mme qu’il s’agit [du] risque sans doute le plus grave rsultant de la fin du projet Astrid. Aussi l’Opecst demande-t-il l’tat de raffirmer [ce] choix stratgique.

Que faire du plutonium et de l’uranium appauvri?

L’abandon de cette stratgie remettrait en cause le statut des matires extraites du combustible depuis des dcennies La Hague et poserait ouvertement la question de l’avenir de l’usine de retraitement.

Le plutonium pourrait tre clus avec l’utilisation du combustible Mox qui en consomme dans des racteurs classiques. Il y a 10 ans, l’Opecst voquait dj cette possibilit. l’poque, l’utilisation du Mox tait juge contreproductive, car elle ralentissait la constitution du stock initial de plutonium ncessaire au dveloppement de la 4me gnration. Avec l’arrt d’Astrid, le Mox pourrait maintenant constituer une opportunit pour consommer le plutonium C’est d’ailleurs la stratgie mene depuis 2000 par les tats-Unis et la Russie pour utiliser les excs de plutonium militaire.

Quant l’uranium appauvri, son passage du statut de matire valorisable celui de dchets est ouvertement envisag. Il n’a d’ailleurs fallu que quelques mois aprs l’arrt d’Astrid pour que cette remise en cause soit voque. Fin 2020, dans le cadre de l’laboration du prochain Plan national de gestion des matires et des dchets radioactifs (PNGMDR), l’tat a propos de renforcer le contrle du caractre valorisable des matires radioactives. Les 320000 tonnes d’uranium appauvri accumules depuis des dcennies sont clairement vises. Pour l’Autorit de sret nuclaire (ASN), le sujet ne fait mme plus dbat: la consommation du stock existant est irraliste () l’chelle du sicle, prvient le gendarme du nuclaire qui estime indispensable qu’une quantit substantielle d’uranium appauvri soit requalifie, ds prsent, en dchet radioactif. Sur ce sujet, le rapport de l’Opecst rclame que [soit pris] le temps d’examiner la question.

Rnover La Hague ou renoncer au traitement des combustibles?

Reste la question de l’avenir de La Hague. quoi bon sparer le plutonium et l’uranium appauvri si le stock du premier est dj suffisant pour produire du Mox et le second devient un dchet? La question d’une remise en cause du retraitement des combustibles uss La Hague finira ncessairement par se poser, admet le rapport. Et cela d’autant plus, explique l’Opecst, qu’il faudra consentir un norme effort pour lancer le retraitement du combustible Mox us et renouveler les installations actuelles, celles-ci arrivant en fin de vie l’horizon 2040.

La France doit donc engager ds maintenant une rflexion et dcider de reconstruire l’usine de La Hague ou d’abandonner le retraitement. Sur ce sujet, l’ASN a d’ailleurs averti les parlementaires en mai dernier: compte tenu des dlais de mise en œuvre, la question devra tre tranche avec le 6me PNGMDR qui prendra la suite de celui couvrant la priode 2019-2021 (qui n’est d’ailleurs pas encore adopt). Pour l’Opecst, un choix s’impose: l’tat doit lancer la rnovation des installations du cycle.

Enfin, pour tre complet, l’abandon du retraitement conduirait enfouir le combustible us, plutt que les dchets spars La Hague. Bien sr, Cigeo n’a pas t conu pour cela et la faisabilit d’une telle solution n’a pas t tudie. Sans compter que cette option n’a jamais t prsente aux populations concernes. Cela pourrait ramener le projet de stockage gologique une trentaine d’annes en arrire, s’alarme l’Opecst.

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Article publi le 21 juillet 2021

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