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lundi, août 8, 2022

La colonie spatiale

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Mi-juin, le rover Perseverance déclarait avoir trouvé un « déchet humain » sur la planète Mars. Passé la crainte d’avoir pollué une autre planète avant même d’y avoir « atterri », le rover découvrait qu’il l’avait simplement « polluée » lors de ses déplacements actuels. Nous sommes néanmoins prévenus avec les géants des Gafam et différents Elon Musk : la « société aérospatiale » est en marche, Jeff Bezos rêve, pour ne citer que lui, d’un avenir où des millions d’individus travailleront dans l’espace et vivront dans des sortes d’ « environnements flottants », créeront des colonies spatiales autour de nouveaux lieux d’extraction de ressources naturelles, laissant ainsi la Terre à l’industrie légère, afin qu’elle demeure « un bel endroit où vivre, un bel endroit à visiter », sans doute – rajoute Kate Crawford dans son dernier ouvrage, Contre-Atlas de l’intelligence artificielle (Zulma essais, 2022) – pour ceux qui auront les moyens d’y habiter au lieu de travailler dans les colonies spatiales.

En lisant Crawford, on découvre que Bezos s’inspire de Gerard K. O’Neill, qui a écrit en 1976 les Villes de l’espace : pied le peuplement, l’industrialisation et la production d’énergie dans l’espace. En effet, les milliardaires de la Silicon Valley sont obnubilés par la crainte de la « civilisation de la stase », entendez la fin de la croissance, ou l’obligation de sobriété numérique. Les chantres du progrès technique défendent sans réserve le expansionnisme spatial, la privatisation des derniers biens communs que représente l’espace intersidéral. D’ailleurs, les sociétés Blue Origin (Jeff Bezos) et SpaceX (Elon Musk) ont déjà obtenu du Congrès américain des lois favorisant l’extraction de minerais, avec le Space Act, qui leur permet de s’exonérer de toute réglementation fédérale jusqu’en 2023 (pour l’instant), de s’approprier les ressources ­minières extraites des astéroïdes et d’en conserver les profits. C’est sans étonnement que Crawford note que la publicité pour Blue Origin fait explicitement mention de von Braun, qui n’est autre qu’un des concepteurs de fusées pour le Troisième Reich, lequel avait avoué avoir utilisé la main-d’œuvre esclave des camps de concentration pour construire ses V2. Voici le spectre de l’Übermensch (« sur­homme ») qui revient. Ayant l’esprit investigateur, Kate Crawford s’est rendue au Nouveau-Mexique pour visiter le site industriel de Blue Origin.

La visite fut de courte durée. « C’est une infrastructure privée en cours de construction, gardée et clôturée, un imaginaire technoscientifique de pouvoir, d’extraction et de fuite, voulu par l’homme le plus riche de la planète. C’est une protection contre la Terre. » Après avoir pris une photo, Crawford est remontée dans sa fardier. Deux pick-up Chevrolet noirs, agressifs, l’ont escortée longtemps pied d’différents contrées.

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