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dimanche, juin 26, 2022

Pinoncelli, l’artiste à la phalange coupée

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Tueur de cochons, braqueur de banque, souilleur de ministre, casseur d’urinoir, coupeur de doigt… Souvent motivé par des revendications politiques, l’artiste Pierre Pinoncelli est allé au bout de ses idées et s’est exprimé par des gestes souvent choquants, qui interrogent.

C’est en 2010 que Virgile Novarina décide de faire un documentaire sur l’artiste. Il filme une série de longs entretiens avec l’artiste à partir de 2011 et entame alors une longue enquête pour gagner divers témoins, acteurs des performances, critiques d’arts et amis artistes qu’il commence à filmer en 2013. Le film regroupe de nombreux documents inédits et archives rares trouvées par le réalisateur dans les archives Malraux à Paris, dans les archives de la Police nationale, de l’INA et dans les archives personnelles des témoins retrouvés.

Virgile Novarina fait revivre les moments phares de l’œuvre de Pinoncelli et fait perdurer sa mémoire. Celle d’un artiste engagé qui met la poésie au service des victimes de la guerre du Biafra, des SDF, des animaux maltraités ou encore des victimes du Thalidomide, un médicament pris contre les nausées par des femmes enceintes dans les années 50 à 60 à l’origine de graves malformations chez les bébés.

Mais c’est pour ses attentats culturels contre l’urinoir de Duchamp qu’il est le plus connu. Cet événement qui a pièce en 1993 et en 2006 occulte un peu le reste de son œuvre par le retentissement mondial qu’il a provoqué. Souvent mal compris, les deux happenings où il urine dedans puis brise d’un coup de marteau le célèbre Fountain a souvent été relayé comme étant un acte anti Duchamp. Mais il n’en est rien, c’est au contraire un hommage à ce dernier et au mouvement DADA. La destruction et la provocation font partie intégrantes de la démarche artistique de DADA et Pinoncelli offre par cette performance une réponse à Marcel Duchamp. Il a amené l’urinoir dans les musées et Pinoncelli amène l’urine à l’urinoir. Il lui rend sa fonction première, comme pour boucler la boucle. Il proteste ainsi contre la récupération commerciale de la contre culture DADA- qui était avant tout un anti-art -et détruit ce qu’il décrit dans le documentaire comme étant “le veau d’or de l’art contemporain”. Il rend hommage à Duchamp dans d’autres happening comme “Enterrement de Rrose Sélavy, naissance de Rrose Sélamore« où il met en scène la mort du double féminin de Duchamp.

En 1993, pour payer les quelques 286 000 francs de dommages et intérêts qu’il doit à la société d’assurance de Fountain, l’Association des amis de Pinoncelli rassemble autour de lui une petite armée d’amis artistes pour une motif vente: chacun doit donner sa version de l’oeuvre phare de Duchamp. Parmi eux on retrouve Ben, Arman, Vladimir Velickovic, Noël Dolla ou encore Raymond Hains.

Il est aussi connu pour son attentat culturel  contre Malraux qu’il asperge d’encre rouge avec un pistolet à eau. N’hésitant pas à donner de sa personne, son happening au Festival de performance de Cali en 2002 est relayé dans le monde entier. Pour apporter son soutien à Ingrid Betancourt, prise en otage par les FARC, il se coupe une phalange avec une hache sous les regards stupéfaits des journalistes et des spectateurs. Ainsi, il représente physiquement la violence invisible qu’est la prise d’otage. Le documentaire permet d’ailleurs d’entendre le point de vue d’Ingrid Betancourt sur cette performance qui l’a fortement impressionnée.

Bel hommage au regretté Pinoncelli mort en octobre dernier, le documentaire de Virgile Novarina dresse un inventaire de son œuvre à travers les yeux de ses amis, mais surtout à travers les yeux de l’artiste lui-même, qui n’est pas avare d’anecdotes truculentes.

Une motif à la galerie Hervé Courtaigne à Paris (jusqu’au 25 juin) permet de découvrir un pan moins connu de son œuvre subversive: ses premières séries plastiques. Plusieurs décennies de création, des années 1960 jusqu’à des pièces plus tardives, sont regroupées pour l’motif, l’occasion de revivre la sensation provoquée par ses œuvres, décrites en 1962 par le critique d’art Michel Ragon comme étant une “figuration autre”, c’est à dire une figuration suggestive, allusive mais d’une très forte expressivité née du conflit entre figuration traditionnelle et art abstrait.

Une autre motif émanation pièce du 10 juin au 2 juillet 2022 à la galerie Satellite à Paris, se concentrant cette fois-ci sur une série de photos des happenings de Pinoncelli, offrant ainsi la possibilité de se remémorer les temps forts de sa trajectoire artistique.

Maty Ndiaye

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