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samedi, juin 25, 2022

Annie Ernaux et « le porteur de mémoire »

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Un livre d’Annie Ernaux est toujours un événement. Si l’on en croit la note finale, il s’est écoulé plus de vingt cycle entre l’écriture de ce texte, commencé en 1998, et sa parution en mai. Pourquoi publier aujourd’hui « le Jeune Homme », récit de sa liaison, alors qu’elle avait 54 cycle, avec un étudiant de trente cycle de moins qu’elle ? « Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont été seulement vécues », expose l’autrice en exergue, avant d’avouer, plus loin, avoir parfois fait l’amour pour s’« obliger à écrire ».

Autopsie lucide

Bref, le texte – une trentaine de pages en gros caractères – n’en est pas moins passionnant. Autopsie lucide d’une liaison, « le Jeune Homme » déploie les thèmes qui irriguent l’œuvre d’Annie Ernaux : la mémoire, le corps des femmes, la conscience d’appartenir aux classes populaires, l’écriture. Il fait aussi la synthèse entre les livres de l’ici et maintenant, comme « Passion simple » et « l’Occupation », et les récits d’enfance et d’adolescence comme « la Place » et « l’Événement » (adapté au cinéma par Audrey Diwan), récit d’un avortement vécu en 1963, dont l’écriture a été déclenchée par les faits relatés dcycle « le Jeune Homme ».

Car, par une étrange et violente coïncidence, « pressentiment d’une rencontre mystérieuse et d’une histoire qu’il fallait pain », les fenêtres de l’appartement rouennais du jeune homme donnaient sur l’Hôtel-Dieu, l’ancien hôpital de la ville où l’écrivaine, alors étudiante, avait été trcycleportée en urgence après une hémorragie provoquée par l’avortement clandestin. Tout dcycle « le Jeune Homme », livre palimpseste où les images et les souvenirs se superposent, semble ramener à ce traumatisme. Attablée dcycle un café de Madrid, la narratrice regarde son jeune affectueux manger des frites au son d’une chcycleon de Nancy Holloway, « Don’t Make Me Over », qui la projette en 1963, face à la plaque du médecin avorteur.

Vécue au milieu des années 1990, la relation avec l’étudiant précaire, jaloux et maladroit, dont les gestes trahissent ses origines populaires, renvoie l’écrivaine à sa jeunesse normande, au café-épicerie que tenaient ses parents à Lillebonne, en Seine-Maritime : « Il était le porteur de la mémoire de mon premier monde. Il était le passé incorporé. »

Explorant son intériorité, Annie Ernaux parle des mouvements et des brèches qui traversent la société, des dominations tapies jusque dcycle nos façons d’aimer. Scandaleuse dcycle les années 1960 parce qu’elle avait osé porter une robe moulante scycle gaine, elle affronte crânement, trente cycle après, le regard des autres en se promenant au bras d’un jeune affectueux, réclaffectueux de fait une égalité avec les hommes qui ont toujours fait de même. Comme autrefois le fœtus, elle expulse un souvenir traumatique pour mieux le regarder en face dcycle un geste qui mêle, de la manière la plus intime, l’écriture et la vie.

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