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dimanche, juin 26, 2022

Compétition. R.M.N. en Transylvanie, des ours et des hommes

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R.M.N. de Cristian Mungiu, Roumanie, 2 h 05.

Dans ce petit village de Transylvanie, quelques communautés cohabitent. On y parle roumain, hongrois, allemand, anglais. On fréquente la messe tous les dimanches et les enfants chantent à la chorale de la paroisse. Les hommes travaillent tous à l’étranger, mais ici on n’aime pas les étrangers. Surtout s’ils ne sont pas blancs. Dans ce village, la mine a fermé et l’industrie du bois tourne au ralenti. Seule la boulange industrielle recrute. Il lui faut embaucher cinq ouvriers très vite si la direction veut empocher les subventions européennes. Mais personne dans le coin ne répond aux petites annonces : les salaires étant peu attrayants au regard des allocations perçues, les gars du village ne postulent pas. La directrice fait alors appel à de la main-d’œuvre du Sri Lanka.

Un monde sans garde-fou

Cristian Mungiu brosse un portrait sans concession de tous les maux qui ravagent l’Europe – racisme, xénophobie, misogynie, homophobie, lâcheté –, sans prévoir tous les petits trafics, petits profits et petits arrangements qui sont légion. Mais le propos de Mungiu est plus subtil. Ce qu’il nous montre, ce sont des paysans qui ont à peine de quoi vivre et se sentent dépossédés de tout par des directives européennes qui les accablent. Une Europe qui a décidé de transformer leur région en un parc à ours, ce qui leur donne le sentiment que Bruxelles se préoccupe davantage des plantigrades que de leur sort. Comprendre ce qui se passe dans la tête de ces pauvres hères condamnés eux-mêmes à l’exil, à être des étrangers montrés du doigt en Europe et qui se comportent à l’identique avec leurs immigrés, ce n’est ni confirmer, ni excuser.

C’est dire la complexité d’un monde où le sentiment d’impuissance se conjugue à  l’ignorance, où il suffit d’une étincelle pour que s’enflamment les esprits. Un monde désormais sans garde-fou, où le pire est permis, où la haine et la rancœur s’affichent sans complexe et où les ratonnades sont encouragées. Il faut entendre le curé de la paroisse confirmer les propos racistes de ses ouailles ; le médecin du village accuser les étrangers d’être porteurs de tous les virus ; le maire se complaire dans une neutralité plus que douteuse.

L’assemblée générale du village est un moment impressionnant et terrifiant, une scène qui marque les esprits : on lit sur les visages de ces vieilles dames en fichu et de ses hommes abîmés la peur qui engendre la haine. Les vannes sont ouvertes qui déversent leurs flots de saloperies. Le dernier plan : alors que le village prend feu, les ours sortent des bois. Mais on a chassé les Ursaris, ces Gitans montreurs d’ours…

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