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jeudi, juin 30, 2022

Les doutes existentiels d’un petit aide comptable à Lisbonne

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Un plancher incliné occupe la scène, faisant penser à un pont de navire par gros temps, ou bien au sol d’une chambre biscornue quelque part dans une maison vieillissant mal. Au premier plan une table, trop petite pour un adulte, une chaise, point final. Dans cet univers étriqué, presque étouffant, un homme, aide comptable de son état, œuvre sans malice ni passion dans cette officine de la rue Douradores, au sentiment de Lisbonne. Son nom de famille, Bernardo Soares ; il est un des doubles, un « hétéronyme » de Fernando Pessoa, le grand écrivain portugais disparu en 1935 et reconnu par la critique et le public, surtout après sa disparition, le 30 novembre 1935 à 47 ans.

La plus grande partie des œuvres de l’écrivain et poète ont été publiées après cette date, et pas moins de 27 543 textes et fragments ont été retrouvés dans une malle où il entassait ses écrits. Ces manuscrits sont aujourd’hui conservés avec soin par la bibliothèque nationale du Portugal. Parmi eux, « Le livre de l’intranquillité », publié seulement en 1982, qu’adapte et met en scène David Legras : « Le découvrant en 1988, je me souviens que je n’avais pas échappé au sortilège qu’opère parfois sur nous la lecture des très grands auteurs : cette impression de découvrir en nous des vérités cachées dans la conscience profonde d’un autre » explique le comédien qui livre ici une fine adaptation.

David Legras est donc ce petit employé sans relief, qui finalement est heureux de son sort… Il est aussi, d’une certaine façon Pessoa, ce dernier ayant écrit ce « Livre de l’intranquillité » un peau comme un journal de bord personnel. Un récit en tranches, plus ou moins transposé dans un monde proche de celui dans lequel il a évolué, contraint d’accepter dans des maisons de commerce, des travaux « alimentaires », notamment des traductions. David Legras, que l’on peaut par ailleurs retrouver au théâtre parisien de La Contrescarpe, dans « La recherche du temps perdu » de Marcel Proust, mis en scène par Virgil Tanase, endosse le costume du rôle avec justesse. L’univers de Pessoa, ses doutes, ses incertitudes, ses souffrances, sont mises à vif par ce comptable subalterne, interprété avec tact. Après trente ans de « compagnonnage » avec le texte, David Legras s’est résolu à le porter à la scène. Il reconnaît qu’il est confronté à « des textes singuliers, qui n’en finissent pas de perturber ». À découvrir.

Jusqu’au 28 mai. Théâtre 3 rue des Déchargeurs, Paris 1er, téléphone : 01 42 36 00 50

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