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samedi, août 13, 2022

 L’cologie est un programme global et tous les ministres seront concerns par les enjeux environnementaux 

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Yannick Jadot, candidat Europe cologie les Verts l’lection prsidentielle, rpond aux questions qu’Actu-Environnement a adresses l’ensemble des candidats. Les interviews sont publies dans l’ordre de leur rception.

   

Yannick Jadot
Candidat Europe cologie les Verts llection prsidentielle

   

Actu-Environnement: Quel mix nergtique souhaitez-vous dvelopper? Quelle place accordez-vous aux nergies renouvelables ?

Yannick Jadot: Le projet de transition nergtique des cologistes repose sur un triptyque clair: sobrit et efficacit, sortie des nergies fossiles et dveloppement des nergies renouvelables. ce titre, la rvision de la Programmation pluriannuelle de l’nergie en 2023 sera un moment crucial du prochain quinquennat pour affirmer une trajectoire solide de dveloppement des renouvelables.

Sur le mandat, nous avons des objectifs trs prcis. D’ici 2027, nous voulons atteindre une puissance olienne installe de 70TWh (12000oliennes terrestres et en mer) et au minimum 25GW supplmentaires en photovoltaque -soit environ 340 km sur toitures et par ombrires sur parkings. Le levier, c’est l’extension de l’obligation de raliser des dispositifs de production renouvelable aux btiments industriels, commerciaux et parkings existants. Nous soutiendrons galement la production de biomthane, avec un objectif de 32TWh l’horizon2030.

Notre programme en matire d’nergie s’inspire principalement des scnarios M1 et M23 proposs par RTE. Selon la trajectoire retenue, la puissance totale installe en photovoltaque doit tre, au minimum, multiplie par douze d’ici 2050 et la puissance olienne par quatre environ. Nous ciblerons prioritairement les technologies et les zones bnficiant des meilleurs rendements, mais veillerons galement l’aspect dmocratique en favorisant les projets citoyens. Nous faciliterons les dmarches administratives des porteurs de projets, et nous anticiperons les besoins rgionaux pour le raccordement. Notre objectif : 15 % des Franais cooprateurs d’un projet d’nergie citoyenne d’ici 2027.

AE : Comment comptez-vous encourager la rnovation nergtique des logements, en particulier des passoires thermiques et du bti tertiaire ?

YJ: Notre programme propose 10milliards supplmentaires au budget de l’tat, auquel il faut rajouter les investissements des collectivits locales et, surtout, les investissements privs qui vont augmenter grce nos propositions fiscales.

Les principaux objectifs de ce plan sont la rnovation complte des 5 millions de passoires thermiques du parc priv franais sur dix ans, avec zro reste charge pour les mnages les plus modestes et une sortie en dix ans maximum du gaz dans le secteur du btiment, via l’interdiction immdiate de commercialisation des chaudires gaz et la gnralisation des pompes chaleur. Notre programme ne financera que des rnovations  globales et performantes  : pas d’effet d’annonce ou de mesure en trompe-l’il!

Nous crerons galement un droit opposable la rnovation pour les locataires dont les propritaires ne ralisent pas les travaux: les loyers seront alors mis sous squestre tant que le propritaire n’aura pas ralis les travaux.

AE : Comment pensez-vous rduire les missions de gaz effet de serre dans les secteurs des transports ? Comment encouragez-vous les mobilits bas carbone pour les personnes et les marchandises?

YJ: Nous visons une rduction de 20% des trajets en voiture individuelle d’ici 2030, soit la moyenne atteindre des scnarios SNBC, Ademe, Ngawatt et PTEF. Cette baisse sera permise par le report modal (vlo, transports en commun…), le recours au tltravail et l’augmentation du covoiturage et de l’autopartage.

Cette politique exige des moyens: parmi les 25milliards d’euros supplmentaires de notre plan d’investissement dans la transition cologique, 10milliards seront consacrs chaque anne aux transports, auxquels s’ajoutent les financements privs encourags par nos mesures et les investissements raliss par les collectivits locales.

Nous attribuerons 4 milliards d’euros supplmentaires investis chaque anne dans le ferroviaire sur l’ensemble du mandat, notamment pour doubler la part modale du fret sur le mandat (9% du transport intrieur de marchandises). Les crdits destins aux futures lignes grande vitesse seront rorients vers les trains du quotidien (TER, Corail, Transilien, RER). Nous ouvrirons de nouvelles lignes de trains d’quilibre du territoire (TET) et 15 lignes de trains de nuit au cours du mandat.

Nous gnraliserons le Forfait mobilit durable et augmenterons son plafond 1000 € par an afin de financer les dpenses en vlo, covoiturage, transport public et autres mobilits partages. Nous amplifierons le dveloppement du vlo en mettant disposition des jeunes partir de 16 ans un vlo en location gratuite et en augmentant le Fonds vlo hauteur de 500millions d’euros par an. Nous dvelopperons une filire franaise de production-rparation-recyclage de vlos encourageant la rinsertion. Nous assumons l’interdiction de la vente de vhicules neufs moteur thermique ds 2030, y compris les vhicules hybrides. Cela divisera par quatre terme l’impact carbone des vhicules particuliers et utilitaires en France. En complment, nous renforcerons le malus poids sur la vente de vhicules neufs pour limiter le nombre de SUV. Surtout, il nous faut acclrer la reconversion et l’implantation en France de l’ensemble de la chane de valeur pour la production de vhicules lectriques par notre plan d’investissement industriel. Un million de vhicules bnficieront d’une transformation des moteurs thermiques en moteurs lectriques (rtrofit).

Enfin, sur l’aviation, nous portons l’interdiction des vols intrieurs s’il existe une alternative ferroviaire de moins de quatre4 heures, et de six heures pour les vols europens, l’instauration d’une taxe progressive sur les billets de vols internationaux entre pays du G20. Nous n’autoriserons pas de nouvelles extensions d’aroports et supprimerons toutes les niches fiscales sur le krosne des avions.

AE : Quel modle agricole souhaitez-vous dvelopper? Quelle place pour la biodiversit dans ce modle? Et comment organisez-vous le partage de la ressource en eau entre les diffrents usagers et le milieu naturel (recharge de nappe, zones humides, etc.)?

YJ: Le modle agricole port par les cologistes est connu. Il est l’oppos du bilan d’Emmanuel Macron depuis cinq ans: rautorisation des nonicotinodes, fin des aides au maintien en agriculture biologique, plan d’investissement dans les drones, volont d’autoriser les nouveaux OGM… Beaucoup de politiques d’hier, pour bien peu de volont de soutenir celles et ceux qui, dj, font la preuve qu’une autre agriculture est possible demain. l’inverse, mon plan est de transformer totalement notre systme agricole pour un triple objectif: mieux rmunrer les paysans et les paysannes, protger les ressources naturelles, le climat et la biodiversit, et rconcilier l’agriculture et la socit. Les solutions? Elles ne sont pas dans la fuite en avant technologique, mais dans le savoir-faire agronomique.

Nous voulons organiser la sortie de l’levage intensif, librer l’agriculture des pesticides et des engrais chimiques ds 2030 et scuriser ces transitions pour les agriculteurs. Nous ne laisserons personne de ct. Nous reprendrons la dette de tous ceux et celles qui souhaiteront s’engager en agriculture biologique, via la Caisse des dpts et consignations. Ds le mois de septembre2022, nous modifierons le Plan stratgique national la traduction de la PAC en France pour que plus un seul euro d’argent public ne soutienne un modle qui dtruit l’environnement.

S’agissant de la ressource en eau, nous sommes opposs la construction de mga-bassines. Les cologistes sont au ct des militants qui s’y opposent, notamment dans le Sud-Ouest. Mais il est vrai que cela suppose une rflexion solide pour repenser les choix d’assolements. Il faut diminuer les surfaces de cultures les plus consommatrices d’eau, surtout lorsqu’elles sont destines l’exportation je pense au mas ou au tournesol.

AE : Comment comptez-vous lutter contre l’artificialisation des sols? Et comment pensez-vous accompagner les collectivits locales sur cet enjeu d’amnagement du territoire ?

YJ: Agir contre l’talement urbain, c’est agir pour la biodiversit, pour la protection des forts priurbaines et l’agriculture de proximit tout en s’attaquant l’un des principaux postes d’mission de gaz effet de serre en France. C’est aussi, socialement, permettre tous de rduire les dplacements, redonner aux centres des villes et la proximit une nouvelle attractivit.

Pour prserver les terres agricoles et les espaces naturels, nous mettrons fin l’artificialisation ; la rgle de  zro artificialisation  nette devra tre inscrite dans les documents d’urbanisme territorial d’ici 2025. Le principe est limpide : on ne btonne plus de terres agricoles ou d’espaces naturels et on privilgie la construction sur des sols dj artificialiss. Les conditions de compensation en dernier recours seront prcises.

Plutt que de nous tendre, ce sont les friches existantes que nous devons nous rapproprier. Nous augmenterons la dotation du Fonds friches un milliard d’euros. Il viendra en complment des actions des collectivits locales et des promoteurs privs.

Pour tre efficace et cohrente, la lutte contre l’artificialisation suppose toutefois de rformer la fiscalit existante. Aujourd’hui, prs d’une trentaine de taxes s’appliquant aux terrains urbanisables et constituent des ressources pour les collectivits locales : taxe foncire (41 milliards d’euros), taxe d’habitation (22,5 milliards), taxe sur les surfaces commerciales (900millions)… Rduire l’artificialisation, c’est repenser ces dispositifs pour ne pas pnaliser les collectivits.

AE : Souhaitez-vous encadrer davantage l’industrie en ce qui concerne la prvention et la gestion des risques technologiques ? Quelle politique proposez-vous pour mieux prvenir les risques sanitaires ?

YJ: Oui, videmment, il y a un rel dysfonctionnement de l’tat ce propos. Ces dernires annes, des vnements comme l’incendie de Lubrizol ont t rvlateurs d’une considration incomplte des risques environnementaux et sanitaires par les pouvoirs publics. Le cadrage des catastrophes technologiques en France est hrit d’AZF en 2003, et n’est pas adapt, par exemple, une prise en compte des risques pour l’environnement.

Nous renforcerons les moyens consacrs la gestion des crises et des risques environnementaux en France en les portant 1 milliard d’euros par an, soit le double d’aujourd’hui. Ces efforts s’inscrivent dans notre stratgie plus large d’adaptation et d’anticipation.

AE : Comptez-vous modifier la fiscalit pour encourager les comportements cologiquement vertueux et/ou taxer les comportements polluants ?

YJ: Notre politique fiscale est dicte par trois enjeux: un enjeu de rendement, qui permet le financement des services publics et des prestations sociales ; un enjeu de redistribution, pour galiser les chances et les conditions par la progressivit de la taxation ; et, enfin, un enjeu d’incitation, d’orientation des comportements.

Nous souhaitons donc irriguer l’ensemble de la fiscalit d’une logique de bonus-malus. Il ne s’agit pas seulement de rcompenser les bons lves, mais de transformer les activits conomiques en profondeur, avec des objectifs adapts et progressifs par filire. Le bonus-malus appliqu la fiscalit, comme la commande publique, c’est une exigence de transparence et d’harmonisation des mthodes d’valuation au service de la transition.

Par exemple, l’ISF Climatique que je propose se dcompose en deux impts distincts : imposition du patrimoine total et contribution climat de +/- 0,5% selon l’impact environnemental sur chaque bien. Chaque actif immobilier est tax en fonction de sa performance nergtique, chaque actif financier est tax en fonction d’un score carbone* positif ou ngatif. Un bien qui ne rentre pas dans le primtre du score carbone ou qui est jug climatiquement neutre se verra appliquer une contribution climat de 0,5% par dfaut. Nous souhaitons que le principe du « bonus-malus » cologique soit galement appliqu l’impt sur les socits. Aujourd’hui, ce dernier porte uniquement sur les bnfices raliss, sans distinction selon les activits qui le justifient. Nous souhaitons donner un coup de pouce de comptitivit toutes les entreprises dont les activits contribuent favorablement la lutte contre le changement climatique, et augmenter au contraire l’impt de celles qui y contribuent ngativement. Enfin, nous engagerons une rforme substantielle de la TVA, dont le taux sera diminu sur une base cologique pour les produits alimentaires bio, les transports collectifs, les services de rparation et de remploi.

AE : Quelle place accorderez-vous la parole des citoyens dans l’laboration de la politique environnementale ?

YJ: Nous voulons associer la parole citoyenne dans l’laboration de toutes les politiques publiques, toutes les chelles. travers les communauts citoyennes de l’nergie renouvelable, les citoyens pourront dcider de l’implantation de projets d’nergies renouvelables dans leurs territoires. Nous donnerons aux citoyens le droit d’interpeller et de faire une demande directe aux reprsentants des excutifs locaux. Une fois la ptition reue par l’excutif local, elle sera traite dans un dlai de six mois. Ainsi, sur le plan local, les citoyens joueront un rle central dans le dveloppement des politiques publiques locales et dans le suivi des dcisions qui seront prises.

Sur le plan national, nous ferons voluer le Cese, qui aura une place relle dans l’laboration des politiques publiques, avec plusieurs nouvelles attributions qui lui seront confies : un pouvoir de contrle sur le gouvernement, un pouvoir d’inscription de sujets ou de propositions de lois l’ordre du jour de l’Assemble nationale et par un droit de veto sur certains sujets tels que l’tat de droit et la protection de l’environnement. Par ailleurs, la consultation de ce conseil sera obligatoire sur l’ensemble des projets et de propositions de loi caractre conomique, social et environnemental.

AE : Quelle place et primtre d’action confierez-vous au ministre charg des enjeux environnementaux ?

YJ: L’cologie est un programme global et tous les ministres seront concerns par les enjeux environnementaux. Ceci-dit, de faon plus spcifique, nous mettrons en place un grand ministre Sant-Environnement-Alimentation afin de renforcer la place et la transversalit de la dfense du vivant, de la biodiversit et de nos communs dans nos politiques.

Article publi le 04 avril 2022

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