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jeudi, août 11, 2022

Dans le Tarn-et-Garonne, un domaine viticole victime des sanctions contre la Russie

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« On ne comprend pas qu’un domaine au milieu des Corbières puisse être au centre d’un conflit géopolitique et d’une guerre ». Jean-Luc Parret en parle avec beaucoup de lassitude. Il est le gérant du Château Saint Louis, mais depuis 10 ans son propriétaire est russe. Boris Pakhunov, a fait fortune dans la viticulture au sud de la Russie et dans le commerce d’alcool. Il n’est pas un proche de Vladimir Poutine, il n’est pas considéré comme un oligarque et n’est sur aucune liste noire mais ne peut plus transférer d’argent à son domaine audois qui en aurait pourtant bien besoin.

Le Château Saint Louis a subi de plein fouet le gel au printemps dernier. Les pertes ont dépassé les 70% mais le blocage des transferts d’argent entre la Russie et l’Union européenne met en péril le domaine et ses sept employés. « Quand on a une récolte en baisse de 70% ça veut dire des recettes en moins de 60 à 70% également et on s’attendait à ce que cette année soit très compliquée » décrit Jean-Luc Parret.

« En général quand on a ce type de problèmes, le propriétaire fait un apport en compte courant, il rajoute au pot. Et là, il ne peut pas le faire à cause de l’impossibilité de transférer les fonds. Il ne peut même pas venir en France, on est bloqué, on est tout seul ».

© Benjamin Peter/EUROPE 1

« On a la trésorerie pour fonctionner jusqu’à l’été »

Quand Boris Pakhunov rachète le domaine en 2012, son idée est de fournir un vin Français de qualité à ses boutiques russes. Mais dès 2014, les sanctions économiques consécutives à l’annexion de la Crimée touchent directement le Château Saint Louis. « La banque nous a signifié du jour au lendemain qu’elle nous clôturait les comptes », se souvient Jean-Luc Parret. « On ne pouvait plus encaisser, vendre, payer les salaires et les fournisseurs. On est resté trois mois sans compte bancaire. M. Pakhunov était obligé de prendre son avion une fois par mois pour payer les salaires en espèces ». A plusieurs reprise Jean-Luc a dû écrire au ministère de l’Agriculture et à l’Elysée pour débloquer la situation.

Le durcissement des sanctions économiques ces dernières semaines a décidé le propriétaire à vendre le domaine. « Il m’a demandé de vendre au plus vite » précise Jean-Luc Parret. « On a la trésorerie pour fonctionner encore quelques mois, jusqu’à l’été. L’objectif c’est d’éviter la faillite, de se mettre en redressement judiciaire pour gagner du temps et de profiter de ce temps pour trouver un acheteur et permettre aux salariés de continuer à travailler. »

Des acheteurs potentiels il en a déjà rencontré ces derniers jours qui sont venus visiter les 120ha situés entre Boutenac et Oraisons. Lui regrette d’être une victime des sanctions européennes.

« Autant je comprends les sanctions et la volonté de taper fort, mais il y a plein de victimes collatérales qui n’y sont pour rien » se désole-t-il. Et même si il trouve un acheteur d’ici la fin de l’été ce qu’il redoute c’est que les transferts d’argent vers la Russie restent impossibles. « Il faut que le notaire puisse transférer les fonds et ça, ce n’est pas gagné » s’inquiète-t-il. « On est dans une impasse, pour un domaine qui fonctionne en temps normal sans problème particulier ».

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