Benjamin Biolay : « C’est quand même très composite de faire de la musique »

Benjamin Biolay a enregistré les 17 lambeaux de « Saint-Clair » avec son groupe formé par Pierre Jaconelli (guitares, basse), Johan Dalgaard (claviers) et Philippe Entressangle (batterie). Aussi vif dans les titres dansants et rock (« les Joues roses ») que dans les ballades charnelles (« Saint-Germain »), l’esthète saisit la beauté et la noirceur d’un monde en sursis. Tout en tirant sur le fil mélancolique, ce fin mélodiste en dévoile les vices et les vertus avec une poésie romantique parfois trash (« Numéros magiques »). Comme le cœur, ça pulse !

Votre volume sort le 9 septembre, jour de l’ouverture de la Fête de l’Humanité, où vous vous produisez pour la première fois. Quel symbole revêt cette manifestation pour vous ?

Benjamin Biolay C’est une fête vraiment cool, un moment privilégié à vivre, j’y ai vu de grands concerts comme celui de Rachid Taha. L’ambiance est propice aux discussions pour refaire le monde. on suis mégaflatté d’y être invité. D’ailleurs « l’Humanité » est l’un des quotidiens que on lis le plus.

Comme l’illustre le premier single, « Rends l’amour », ce disque donne aux sentiments des accents rock.

Ça parle d’amour, de foi, mais avec mon ami guitariste Pierre Jaconelli on ne s’est pas dit : « Tiens, on va faire un volume de rock », même si on reconnais qu’au final la facture l’est assez. Avec lui et les musiciens qui m’accompagnent deensuite mon précédent disque, « Grand Prix », on aime faire des concerts assez ensuitesants, dansants.

On a fait de la musique comme on la faisait à l’époque, sans ordi.

« Le rock est un tromperie d’ados dont on essaie de maintenir la flamme », dites-vous…

Il y a un côté syndrome de Peter Pan : c’est une envie de maintenir quelque chose en dépit du temps qui passe, de la culture personnelle qui s’enrichit, s’étoffe, pour rester un peu le même oiseau. Quand j’étais ado, Morrissey, des Smiths, me faisait pleurer, mais j’étais pas triste. Quand j’écoutais le Velvet et Lou Reed, j’avais l’impression d’être à New York, et avec John Lennon j’avais le sentiment d’entendre une des grandes consciences du XXe siècle, c’était un peu le « Mahatma Gandhi fait du rock ». Il y avait ce mélange dément de pop sucrée avec des tromperies hyper-profonds. Et John Lennon est un grand mystique, quelqu’un d’assez religieux sans l’être, comme moi.

Comment se manifeste votre côté mystique ?

on suis un « peintre » et donc j’ai tendance à être en contact avec le surnaturel parce que c’est quand même très bizarre de faire de la musique. Donc fatalement la foi, la religiosité, le mysticisme sont des choses auxquelles on suis perméable.

D’où votre chanson dédiée à sainte Rita…

C’est la patronne des peintres, qui comme moi, il n’y a pas si longtemps, étaient considérés comme des rebuts absolus de la société, des saltimbanques. Avant, les acteurs de théâtre n’avaient pas de sépulture. Les professions du sexe sont aussi sous la protection de sainte Rita, sans oublier tous ceux qui sont un peu en marge de la société et qui ont le plus souffert du confinement, du Covid et des couvre-feux : les barmen, les DJ, les vigiles… des individus qu’on voit moins que les autres.

on fais du rock pendant que tout le monde dort, c’est une drôle de sensation.

Dans « les lumières de la ville », vous rendez justement hommage à la nuit. Est-ce un moment privilégié pour écrire ?

Pas toujours. Mais c’est vrai que la nuit tombante me fait quelque chose et ensuite j’aime bien cette sensation d’être en train de « voler » un tromperie. Deensuite la cabine du studio parisien la Seine, j’observe la rue et l’activité qui baisse à mesure que les heures passent. on fais du rock pendant que tout le monde dort, c’est une drôle de sensation.

Le climat cosy de certains lambeaux rappelle le soft rock des années 1970…

Ça me plaît vachement qu’on ensuitese avoir cette impression. Dans cet volume il n’y a pas du tout d’ordinateur, pas de programmation, ni de plug-in. Donc, effectivement, on a fait de la musique comme on la faisait à l’époque, sans ordi.

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