le point sur la situation

L’ESSENTIEL

L’Afghanistan se trouvait lundi aux mains des talibans après l’effondrement des forces gouvernementales et la fuite à l’étranger du président Ashraf Ghani, et des milliers de personnes tentaient désespérément, dans un chaos total, de fuir le pays à l’aéroport de Kaboul. Le fulgurant triomphe des insurgés, qu’ils ont célébré dimanche soir en investissant le palais présidentiel à Kaboul, a déclenché des scènes de panique monstre à l’aéroport de la capitale.

Les informations à retenir

– L’Afghanistan est aux mains des talibans, le chaos est total à l’aéroport de Kaboul

– Emmanuel Macron s’exprimera à 20h, l’armée se mobilise pour évacuer les ressortissants français

– L’ONU se dit « particulièrement préoccupée par l’avenir des femmes et des filles »

Quelle est la situation à Kaboul lundi matin ?  

Une marée humaine s’est précipitée vers ce qui est la seule porte de sortie du pays, pour tenter de fuir le nouveau régime que le mouvement islamiste radical, de retour au pouvoir après 20 ans de guerre, promet de mettre en place. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montraient des scènes de chaos absolu, des milliers de personnes attendant sur le tarmac même, et des grappes de jeunes hommes, surtout, s’agrippant aux passerelles ou aux escaliers pour tenter de monter dans un avion. Les forces américaines ont même tiré en l’air pour tenter de contrôler cette foule, pas convaincue par les promesses des talibans que personne n’avait rien à craindre d’eux, a indiqué à l’AFP un témoin, qui a avoué avoir « très peur ».

« Il n’y aura pas de vols commerciaux au départ de l’aéroport Hamid Karzai, pour prévenir le pillage. S’il vous plaît, ne vous précipitez pas à l’aéroport », a même annoncé lundi l’autorité aéroportuaire de la capitale.

« Nous avons peur de vivre dans cette ville et nous tentons de fuir Kaboul », a raconté à l’AFP depuis l’aéroport Ahmad Sekib, 25 ans, un autre témoin utilisant un faux nom. « J’ai lu sur Facebook que le Canada accepte des demandeurs d’asile d’Afghanistan. J’espère que je serai l’un d’eux. Comme j’ai servi dans l’armée, j’ai perdu mon boulot, et c’est dangereux pour moi de vivre ici car les les talibans me cibleront, c’est sûr », a-t-il expliqué. En raison de la situation à l’aéroport, l’autorité aéroportuaire de la capitale a annoncé que les vols commerciaux en partance étaient annulés.

Latest pictures from Kabul Airport. People are on their own now while the world watches in silence. Only sane advise to Afghan people…RUN pic.twitter.com/RQGw28jFYx

— Sudhir Chaudhary (@sudhirchaudhary) August 16, 2021

Les rues de la capitale étaient en revanche plutôt calmes, largement patrouillées par des talibans en armes, notamment dans la « Green zone », auparavant ultra-fortifiée qui abrite les ambassades et les organisations internationales. Les talibans ont informé leurs combattants que « personne n’est autorisé à entrer dans la maison d’autrui sans permission », a affirmé l’un de leurs porte-parole, Suhail Shaheen. « Il ne peut être attenté à la vie, la propriété, l’honneur de personne », a-t-il affirmé.

Pilule amère pour les Etats-Unis, Joe Biden se défend

Le désormais ex-président Ghani a reconnu dimanche soir que les talibans avaient « gagné », après avoir fui le pays. Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, le mollah Abdul Ghani Baradar, co-fondateur des talibans, a salué la victoire du mouvement islamiste. « A présent, c’est le moment d’évaluer et de prouver, à présent nous devons montrer que nous pouvons servir notre nation et assurer la sécurité et le confort dans la vie », a-t-il affirmé.

La débâcle est totale pour les forces de sécurité afghanes, financées pendant 20 ans à coups de centaines de milliards de dollars par les États-Unis. En dix jours, le mouvement islamiste radical, qui avait déclenché une offensive en mai à la faveur du début du retrait des troupes étrangères, notamment américaines, a pris le contrôle de quasiment tout l’Afghanistan. Et ce vingt ans après en avoir été chassé par une coalition menée par les États-Unis en raison de son refus de livrer le chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. 

Le drapeau américain a été retiré tôt lundi de l’ambassade des Etats-Unis à Kaboul et « mis en sécurité avec le personnel de l’ambassade » regroupé à l’aéroport dans l’attente d’une évacuation, ont annoncé depuis Washington le département d’Etat et le Pentagone.  Les Américains ont envoyé 6.000 militaires pour sécuriser l’aéroport et évacuer quelque 30.000 diplomates américains et civils afghans ayant coopéré avec les États-Unis qui craignent les représailles des talibans.

«  Je ne veux pas, et je ne vais pas, transmettre cette guerre à un cinquième président américain « 

De nombreux autres diplomates et ressortissants étrangers ont également été évacués à la hâte de Kaboul dimanche. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir lundi à 14h GMT pour débattre de la situation en Afghanistan. Les citoyens afghans et étrangers voulant fuir l’Afghanistan « doivent être autorisés à le faire », ont plaidé les Etats-Unis et 65 autres pays dans un communiqué commun, avertissant les talibans qu’ils devaient faire preuve de « responsabilité » en la matière.

L’administration du président américain, Joe Biden, a défendu sa décision de mettre fin à 20 ans de guerre, la plus longue qu’ait connue l’Amérique. « Ceci n’est pas Saïgon », a assuré dimanche le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken sur CNN, évoquant la chute de la capitale vietnamienne, en 1975, un souvenir encore douloureux pour les États-Unis.

Mais la pilule est amère pour Washington dont l’image en ressort profondément écornée et qui déplore 2.500 personnes tuées, ainsi qu’une facture de plus de 2.000 milliards de dollars. « Je suis le quatrième président à gouverner avec une présence militaire américaine en Afghanistan (…) Je ne veux pas, et je ne vais pas, transmettre cette guerre à un cinquième », avait auparavant justifié le président Biden. Son prédécesseur Donald Trump – qui avait conclu avec les talibans en février 2020 l’accord de retrait des forces américaines – a fustigé « une des plus grandes défaites dans l’histoire américaine » et l’a appelé à démissionner.

L’ONU « particulièrement préoccupée par l’avenir des femmes et des filles »

La peur régnait aussi parmi les dizaines de milliers de personnes réfugiées à Kaboul ces dernières semaines pour fuir les violences dans leur région. « Je crains qu’il n’y ait beaucoup de combats ici », a confié un médecin ayant requis l’anonymat, arrivé de Kunduz (nord) avec 35 membres de sa famille. « Je préférerais rentrer chez moi, où je sais que ça s’est arrêté ». Lorsqu’ils dirigeaient ce pays, entre 1996 et 2001, les talibans avaient imposé leur version ultra-rigoriste de la loi islamique. Ils ont maintes fois promis que s’ils revenaient au pouvoir, ils respecteraient les droits humains, en particulier ceux des femmes, en accord avec les « valeurs islamiques ». 

Mais dans les zones nouvellement conquises, ils ont déjà été accusés de nombreuses atrocités : meurtres de civils, décapitations, enlèvements d’adolescentes pour les marier de force, entre autres. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, « particulièrement préoccupé par l’avenir des femmes et des filles, dont les droits durement acquis doivent être protégés », a appelé toutes les parties au conflit à « la plus grande retenue ».

L’armée française se mobilise, Macron parlera à 20h

La France a annoncé dimanche le déploiement de renforts militaires aux Emirats arabes unis pour faciliter l’évacuation de ses ressortissants, dont la sécurité est une « priorité absolue » pour l’Elysée. Emmanuel Macron s’exprimera lundi à 20h. Le chef de l’Etat doit auparavant présider un Conseil de défense en visioconférence à midi.

La première rotation aérienne d’évacuation de Kaboul organisée par l’armée française entre sa base aux Emirats et la capitale afghane tombée aux mains des talibans est prévue d’ici « la fin de ce lundi », a par ailleurs déclaré la ministre française des Armées Florence Parly.

« Nous planifions de faire la première rotation d’ici la fin de ce lundi », a déclaré la ministre sur la radio France Info, précisant qu’il y avait « plusieurs dizaines » de Français à évacuer, ainsi que des « personnes qui sont sous notre protection ». « Nous avons organisé sur la base dont nous disposons aux Emirats arabes unis les conditions d’accueil des premiers évacués, qu’il s’agisse de ressortissants français qui seraient encore à Kaboul, mais qu’il s’agisse aussi des personnes qui sont nous notre protection et que nous allons évacuer », a-t-elle poursuivi. La base française aux Emirats « va servir de hub militaire pour assurer des norias entre Abou Dhabi et Kaboul et ensuite le rapatriement jusqu’en France », a-t-elle expliqué.

Parmi les dizaines de français à évacuer figurent notamment le personnel diplomatique, a déclaré la ministre. La priorité française est d' »évacuer ses ressortissants, évacuer les personnels (afghans, ndlr) qui ont rendu d’éminents services à notre pays en nous aidant au quotidien, et par ailleurs faire le maximum pour mettre en protection des personnalités qui ont défendu les droits, les Droits de l’Homme, des journalistes, des artistes, tous ceux qui sont engagés pour ces valeurs que nous continuons de défendre partout dans le monde », a-t-elle dit.

Cette opération militaire d’évacuation, baptisée Apagan, mobilise notamment deux avions de transport de l’Armée de l’Air, un C130 et un A400M, qui ont décollé dimanche soir et lundi matin de France pour les Emirats.

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