ce journaliste a passé 48h avec les talibans

ANALYSE

« Les talibans ont gagné. » Ces quelques mots ont été publiés par le président afghan, Ashraf Ghani, depuis l’étranger, au moment même où les insurgés pénétraient dans le palais présidentiel. En une dizaine de jours, les talibans ont repris, 20 ans après leur chute, toutes les principales villes du pays, dont Kaboul. Auteurs de massacres, viols et meurtres, ils terrorisent la population sur leur passage. Mais qui est cette nouvelle génération de talibans ? Le reporter Régis Le Sommier a passé 48 heures avec eux, avant la chute de la capitale afghane, pour réaliser le documentaire Le retour des talibans, diffusé sur Canal+ le 11 septembre prochain. Il raconte dans la matinale d’Europe 1, lundi, ce qu’il a vu sur place.

« Une sorte d’enthousiasme mais en même temps de folie »

« Je ne suis pas surpris », affirme Régis Le Sommier lorsqu’on lui demande si le retour rapide des talibans l’étonne. Il y a quelques semaines, ce journaliste a passé 48 heures avec des talibans dans la province du Wardak, à une heure de Kaboul. Il a rencontré de « jeunes combattants surarmés car une grande partie des stocks de l’armée afghane et de la police a été laissé derrière elles quand elles ont fui ». Ils ont ainsi troqué leurs kalachnikovs pour des « équipements américains modernes comme des M4 ou M16 ».

Le reporter de guerre a également été marqué par la « détermination » de ces combattants fondamentalistes. « Ils m’ont fait penser aux khmers rouges avec tout l’effroi que ça peut avoir une sorte d’enthousiasme mais en même temps de folie », commente Régis le Sommier.

Une idéologie plus ancrée dans la société

La revanche des talibans, 20 ans après avoir été chassés du pouvoir par les Américains et la coalition internationale, est violente. L’idéologie talibane a eu le temps d’infuser dans la société tout au long de l’occupation américaine. « Beaucoup plus qu’en 1996 », prévient Régis Le Sommier. « A l’époque, ils étaient essentiellement constitués de pachtounes, l’ethnie majoritaire en Afghanistan, soit 45% à 50% de la population. Ceux qui leur ont résisté sont les ethnies du nord », détaille le journaliste. « Là, c’est totalement le contraire. Ils ont fait tomber les districts dans le nord. Certains seigneurs de guerre se sont battus, mais très peu, finalement. Parce qu’un certain nombre d’Ouzbeks et de Tadjiks ont adhéré au message des talibans », ajoute Régis le Sommier.

Pour appuyer son propos, le reporter raconte ce jour où il a assisté à un procès au sein d’un tribunal de la Charia. Il a constaté que la loi librement inspirée du Coran était plutôt bien perçue par les habitants par rapport à la loi de Kaboul, gangrénée par la corruption. « La plupart des gens ne voient pas les excès les plus atroces et les plus sauvages qui sont le fait de couper des mains, de procéder à des pendaisons ou encore de distribuer des coups de fouets », explique Régis le Sommier. Pourtant, d’autres habitants sont persécutés par les talibans, contraints de se plier à leurs règles. Une foule considérable tentait dimanche de retirer leur économie dans les banques et de quitter le pays.

Le regard de la communauté internationale sur l’Afghanistan

Depuis dimanche soir, la communauté internationale observe avec une certaine angoisse l’arrivée des talibans dans le pays. De nombreux pays occidentaux craignent que l’Afghanistan se transforme en une terre d’accueil pour djihadistes. Pour Régis Le Sommier, « l’émirat islamique va avoir une notoriété incroyable auprès de la mouvance radicale de l’islam. Les talibans vont prendre un lead au niveau international ». Mais que vont-ils en faire ? Pour l’instant, il est impossible de répondre pour le reporter. « C’est la grande inconnue aujourd’hui », conclut-il.

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