Après la crise, un tourisme écologique et durable ? « L’industrie n’aura pas le choix »

INTERVIEW

L’industrie du tourisme pourra-t-elle se remettre du choc lié à l’épidémie de Covid-19 ? Une flambée des contaminations dans plusieurs pays d’Europe, notamment la France, l’Espagne et le Portugal, fait craindre une nouvelle mise à l’arrêt du secteur d’ici la fin de l’été. Pour Rémy Knafou, professeur émérite de géographie à l’université Paris 1- Panthéon-Sorbonne et cofondateur du Festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges, l’industrie touristique ne peut pas se permettre de repartir sur les mêmes bases qu’avant la pandémie. Elle doit amorcer sa mue pour passer d’un tourisme de masse à un tourisme plus soucieux des préoccupations environnementales.

« Le choc a été extrêmement dur puisque l’industrie du tourisme a dû faire face à un arrêt quasiment total des flux. C’est un choc sans précédent dans l’histoire du tourisme, puisque même les guerres mondiales n’avaient pas entraîné une telle interruption », constate au micro d’Europe Soir Rémy Knafou. « C’est un choc dont cette industrie va devoir se remettre. Elle n’aura pas le choix et en même temps, elle n’aura pas le choix non plus d’essayer de ne pas tout à fait repartir comme avant », pointe-t-il.

« Il y a une nécessité de réguler le tourisme »

« La croissance telle qu’elle était jusqu’en 2019, et qui était une croissance exponentielle, ne correspond pas à un tourisme durable », poursuit notre géographe. « Il y a une nécessité de réguler le tourisme, d’éviter que certains espaces qui ne sont pas encore touristiques ou qui le sont peu le deviennent avec excès. »

Car pour Rémy Knafou le tourisme de masse a des conséquences écologiques désastreuses sur certains territoires, mais génère également des phénomènes de dépendance économique lorsque des régions entières ne vivent plus que de l’afflux de visiteurs. « Le tourisme a déjà investi de vastes territoires qui commencent à trouver qu’ils sont trop dépendants du tourisme. La crise du Covid-19 leur fait sentir extrêmement fortement ce poids du tourisme lorsque les touristes, brusquement, ne viennent plus », observe-t-il.

L’exemple de Venise, prisonnière d’un « cercle vicieux » touristique

Rémy Knafou cite l’exemple de Venise, dont les images, durant le premier confinement en Italie, ont largement circulé sur les réseaux sociaux et dans les médias. La ville, totalement vidée de ses visiteurs, offrait alors un visage quasi-inédit, avec des canaux redevenus limpides faute de gondoles et de vaporettos pour en agiter la vase. Avant même le début de la pandémie, et depuis plusieurs années déjà, les habitants de la Sérénissime cherchaient déjà à freiner l’activité des croisiéristes. Adopté mardi, un décret prévoit d’interdire à partir du 1er août aux plus gros navires de croisière l’accès au centre historique.

Pour autant, la ville ne peut pas se permettre de mettre à mal son activité touristique. « Sans l’argent des touristes, l’économie vénitienne n’est pas viable. On a vu jusqu’en 2019 que c’était les Vénitiens eux-mêmes qui mettaient de plus en plus sur le marché touristique des logements qui, de ce fait, étaient ôtés du marché locatif général », remarque notre spécialiste.

« Ce n’est pas simplement le système extérieur, c’est aussi la société vénitienne, l’appât du gain qui font rentrer la ville dans un cercle vicieux. On voit bien à quel point nous sommes pris dans des contradictions pour gérer ce type de lieux. Finalement les solutions résident principalement dans le courage politique. »

Se contenter des capacités touristiques actuelles

« Il nous faut exploiter les capacités d’accueil telles qu’elles existent en essayant d’éviter ce qui a été la tentation permanente dans l’histoire récente du tourisme, c’est-à-dire la fuite en avant, construire sans arrêt de nouveaux lits, aménager sans arrêt de nouveaux espaces… », poursuit Rémy Knafou. « L’enjeu est de concilier à la fois le désir que nous avons d’aller vers d’autres espaces, vers l’ailleurs, vers d’autres sociétés et en même temps tenir compte d’une nécessaire transition écologique. »

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