Free shipping on any purchase of 75$ or more!

samedi, août 13, 2022

ce qu’il faut retenir après la consultat

-

Trois consultations d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie, trois victoires du Non. Mais celle du 12 décembre 2021 prend des proportions inédites. Si le maintien dans la France obtient pas moins de 96.5% des suffrages, il profite de l’appel des indépendantistes à la non-participation, tandis que l’abstention a été massive. Tour d’horizon.

Françoise Tromeur

Publié le 13 décembre 2021 à 05h00,

mis à jour le 13 décembre 2021 à 05h06

Malgré le peu de suspense apparent, la soirée électorale s’est à nouveau prolongée tard dans la nuit, le dimanche 12 décembre 2021. Au-delà de 23h30, et après une allocution particulièrement solennelle d’Emmanuel Macron. Verdict de cette nouvelle journée historique : la grande question (« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et à à l’indépendance ? ») s’est vue répondre Non à 96.5% des suffrages exprimés. Et Oui à seulement 3.5%. 

Sauf que la victoire est en trompe l’œil : la moitié des électeurs inscrits sur la liste référendaire n’ont pas été voter. Et si le scrutin n’a pas été entaché d’incidents, la Nouvelle-Calédonie ne voit pas son avenir politique s’éclaircir. On résume…

Remarque d’une électrice nouméenne en sortant du bureau de vote : « De toute façon, on le connaît, le résultat. » Avant même la journée de scrutin, deux choses semblaient acquises d’avance : la victoire du Non à l’indépendance pour la troisième fois, et une forte abstention pour la dernière consultation inscrite dans l’Accord de Nouméa. La véritable inconnue, c’était l’ampleur de ces deux phénomènes. 

A Koumac, après dépouillement des bulletins lors du référendum de 2021.

©Brigitte Whaap / NC la 1ère

Après dépouillement, il s’avère que les partisans du maintien dans la France font un score exceptionnel, avec 96.5% de bulletins Non (75 765 électeurs). Un Non qui l’emporte partout : à l’échelle du pays, à l’intérieur de chaque province et dans l’intégralité des 33 communes. 

Avec un score particulièrement massif en province Sud (96.9%) et dans les villes qui votent plutôt Non : 97.6% à Nouméa, 96.9% à Dumbéa, 96.55% à Païta, 96.1% au Mont-Dore, 97.1 à Bourail, 95.4% à La Foa. On notera au passage le « record » détenu, dans l’extrême-nord par la petite commune de Ouégoa (97.98%), suivie, tout au Sud-Ouest, par Boulouparis (97.77%) – sans oublier les 100% de Poya Sud, cas particulier puisque tout le reste de la commune est en province Nord.

Le Non dépasse partout les 60% de suffrages exprimés, même dans les fiefs indépendantistes. Pour tout dire, son plus bas score est de 60.87%, et c’est à Hienghène. Puis viennent Canala (63.64%) et Belep (66.67%). Il atteint 95.14% à Touho, 90.2% à Ponérihouen dirigée par le chef de groupe UC-FLNKS au Congrès Pierre-Chanel Tutugoro, 89.7% à Poindimié dont le maire est le leader du Palika Paul Néaoutyine, 87.62% à Ouvéa, 86.7% à Lifou, 81.93% à Houaïlou…

A l’inverse, la montée du vote indépendantiste entre le premier et le deuxième référendum disparaît des écrans au soir de la troisième consultation : après avoir fait 43.3% et plus de 60 000 voix en 2018, puis 46.7% et plus de 70 000 bulletins en 2020, le Oui s’effondre. Ses électeurs, parsemés ce dimanche, ne sont plus que 2 755 (3.51%). Entre 2020 et 2021, c’est presque 69 000 de moins. L’écart n’était que de 9 970 électeurs il y a un an, il passe à plus de 73 000. 

Peu de votants aux bureaux de vote délocalisés à Ko We Kara pour le référendum de 2021.

©NC la 1ère

Les loyalistes pourraient s’en réjouir. Plusieurs personnalités non-indépendantistes l’ont fait. Si ce n’est que ce référendum restera entaché par la faible participation, surtout en comparaison avec les deux mobilisations historiques du 4 novembre 2018 (81,01%)et du 4 octobre 2020 (85.69%). Ce dimanche 12 décembre, seulement 43,9 % des inscrits ont donné leur avis. Moins d’un électeur de la LESC sur deux.

De quoi fausser les cartes. A Hienghène, la commune de Jean-Marie Tjibaou, les électeurs ont été… 1.17% à se déplacer ! Certes, le Non à l’indépendance l’emporte, mais il n’est porté que par 14 personnes. En province îles, participation de 4.5%, dont 3.69% à Maré.

En ce domaine, c’est Belep qui se distingue : dans l’archipel de l’extrême-nord, 0.65% de participation ! Il y a eu six votants sur 930 inscrits, deux pour le Oui et quatre pour le Non. Citons encore le taux de participation à Canala (1.38%) ou encore Pouébo (1.42%).

Longue attente lors du référendum 2021 à l’école Guy-Champmoreau de Nouméa.

©Alix Madec / NC la 1ère

A l’inverse, Poya Sud gagne la palme du civisme en atteignant 86.8% de participation. Avec l’habituel bon élève Farino, commune sans tribu (85.74% de participation). Arrive ensuite Nouméa et ses 64.16%. D’une façon globale, l’agglomération nouméenne dépasse 62% de participation, bien au-dessus de la moyenne calédonienne.

Mais quoi qu’il en soit, 103 431 inscrits sur la liste électorale spéciale pour la consultation ont boudé les urnes. Pour le dire autrement, il y a eu quatre fois plus d’abstentionnistes qu’en 2020. Et parmi eux, il risque d’y avoir des loyalistes. Fatigués d’attendre un accord politique qui n’arrive pas ? Démobilisés par l’apparente absence d’enjeu ? Ou peut-être lassés par le tunnel référendaire ?

Durant le week-end du référendum, un message « On vote pas » a été tagué sur plusieurs panneaux électoraux du Mont-Dore, ici devant la maternelle des Dauphins.

©Françoise Tromeur / NC la 1ère

D’où le résultat en trompe-l’œil. Les indépendantistes, qui paraissent perdants, ont gagné le pari du boycott qui ne disait pas son nom : leur appel à la non-participation a été entendu. Et ce Non qui rafle la mise, recule en nombre de voix : moins 5 738 entre 2020 et 2021. Les ténors des loyalistes y apportent une explication parmi d’autres, celle de possibles « pressions » et « intimidations » envers les partisans du Non dans les lieux de vote où ils sont minoritaires. 

Reste à savoir ce que les uns et les autres feront de ces curieuses victoires qui étaient censées achever l’Accord de Nouméa. Et maintenant ? Dans leurs réactions, les non-indépendantistes et l’Etat ont pris acte du succès du Non. Par ailleurs, la faible participation n’est pas considéré comme un motif suffisant en soi pour invalider un scrutin. Les indépendantistes ont pourtant prévenu qu’ils contesteraient ces résultats. Notamment devant les Nations-Unies. Ils ont aussi annoncé qu’ils ne discuteraient pas avec l’Etat avant les présidentielles, début avril.

Le président actuel, lui, n’a pas manqué de prononcer son habituelle allocution post référendum. Dans une déclaration d’une dizaine de minutes, Emmanuel Macron a dit « prendre acte » du résultat. Celui-ci, estime-t-il, « confirme le souhait de la majorité des Calédoniennes et Calédoniens » qui ont « choisi de rester français », « librement. » 

« L’Accord de Nouméa arrive à son terme juridique. La promesse du destin commun n’a jamais été aussi tangible », a encore dit le chef de l’Etat. Avec cette phrase : « Ce soir, la France est plus belle car la Nouvelle-Calédonie a décidé d’y rester. »

Son allocution :

 

Le référendum a aussi eu la visite surprise de Sébastien Lecornu. Le ministre des Outre-mer est arrivé la veille.

©Gédéon Richard / NC la 1ère

Si on s’attarde sur les faits marquants de ce référendum, l’un d’eux pourrait être symbolisé par une bouteille de gel hydro-alcoolique. C’était le passage obligé pour aller voter : la Calédonie étant toujours placée sous le signe de la pandémie, le scrutin a été soumis à tout un protocole sanitaire. Horaires élargis, distanciation, gestes barrières et masque obligatoire – citons cet électeur nouméen conduit vers la sortie faute de vouloir en porter. La présence et les dégâts dûs au Covid-19 sont aussi au cœur de la demande de report formulée par le camp indépendantiste, et de son appel à la non-participation.

Signalons au passage une progression des bulletins nuls et blancs. Ils sont passés de 1,2% en 2020 à presque 3 %. Faut-il y voir un message des opposants au pass sanitaire et à l’obligation vaccinale ? Difficile de savoir… Les isoloirs gardent jalousement leurs secrets. 

Autre élément notable : cette élection a eu lieu en préalerte cyclonique, puisqu’une dépression tropicale s’approche de la Nouvelle-Calédonie. Voilà qui rappelle le premier tour des municipales, en 2020, quand Gretel a joué les trouble-fêtes. Cette fois, l’intruse a été nommée Ruby mais elle n’a pas engendré de grosse perturbation. Pas pendant le vote, en tout cas.

Les forces de l’ordre étaient particulièrement visibles en cette journée de référendum, ici à Nouméa.

©Caroline Moureaux / NCla1ère

Les débordements que certains craignaient n’ont pas eu lieu. Dimanche matin, le haut-commissariat confirmait « une tentative de barrage routier sur un axe de l’île des Pins », qui a entraîné « la projection de gendarmes pour y rétablir une liberté de circulation intégrale ». Mais la journée et la soirée n’ont pas été émaillées d’incident majeur. En revanche, les forces de l’ordre, qui ont reçu d’importants renforts humains et matériels, semblaient omniprésentes.

Le général de division Marietti, commandant des forces de gendarmerie pour le référendum, a aussi évoqué « deux faits majeurs qu’on pourrait signaler sur la veille des réseaux sociaux : un appel à la destruction des urnes, la personne est actuellement en garde à vue, et un autre appel, à la destruction par des moyens explosifs. » 

Enfin, au fil de la journée, on a pu noter l’apparition en bord de route, à divers endroits, de banderoles dénonçant le maintien du référendum. Mais les drapeaux sont restés très discrets, comme ils l’ont été tout au long de cette campagne référendaire. Contrairement à la précédente.

Share this article

Recent posts

Popular categories

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici