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lundi, août 8, 2022

«Il n’y a plus personne pour s’émouvoir de son sort»

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Vincent Hervouët
11h15, le 06 décembre 2021, modifié à
12h49, le 06 décembre 2021

EDITO

Ce lundi matin, Aung San Suu Kyi a été condamnée à quatre ans de prison par la junte militaire birmane. Elle a été condamnée en vertu de la section la loi 505B qui interdit de critiquer le régime, mais aussi en vertu d’une loi sur les catastrophes naturelles. Les observateurs auront bien compris qu’il s’agissait là de prétextes pour condamner la militante des droits de l’homme. Au fil des condamnations successives, la junte birmane, qui a pris le pouvoir il y a maintenant neuf mois, est bien décidée à enterrer vivante l’ancien prix Nobel.

Plus personne ne s’émeut du sort d’Aung San Suu Kyi 

Ce prix, Aung San Suu Kyi l’a reçu il y a pile trente ans. À l’époque, le monde entier admirait la « Dame de Rangoun » et sa résistance pacifique. Elle n’était pas allée à Stockholm recevoir le prix car elle était en résidence surveillée. La militante est toujours enfermée, mais il n’y a plus personne pour s’émouvoir de son sort. Le destin d’Aung San Suu Kyi a été extraordinaire de bout en bout et l’aveuglement de l’Occident est encore plus extraordinaire.

Si on résume : les militaires birmans condamnent la femme qui a failli les virer du pouvoir. Ils ont fait leur putsch le 1er février parce qu’ils avaient perdu les élections. C’est la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi, qui avait obtenu une majorité pour changer la Constitution et donc imposer un pouvoir civil. Cette victoire a été écrasante et c’est pour ça qu’ils veulent écraser Aung San Suu Kyi, qu’ils ont inventé n’importe quoi pour la condamner. Une histoire de pots-de-vin en or et en dollars. Les militaires manquent souvent d’imagination et ceux de Birmanie sont particulièrement corrompus.

Le putsch des militaires est un échec cinglant

Ce règlement de comptes ne signifie pas qu’ils ont gagné. C’est même le contraire. Leur putsch est un échec éclatant. L’économie est à l’arrêt. Le PIB a plongé de 18%, soit dix ans de croissance effacés d’un seul coup. La moitié de la population est repassée au-dessous du seuil de pauvreté. Le variant Delta fait des ravages. La Birmanie est exsangue, les guérillas reprennent leurs activités. Dix mois après avoir tué 1.300 manifestants et emprisonné 5.000 opposants, les militaires ne contrôlent rien et ne sont reconnus par personne. L’effondrement menace et peut contaminer toute l’Asie du Sud-Est.

Les militaires continuent cependant leur politique de la terreur. Dimanche, un gros 4×4 a foncé sur des manifestants pro-démocratie à Rangoun. Trois d’entre eux ont été écrasés. Des militaires ont sauté de la voiture, rossé ce qui était à terre et braqué les passants en leur ordonnant de circuler – des chiens de guerre, comme en Syrie. La télévision d’Etat a rapporté très pudiquement que les forces de sécurité avaient agi contre une manifestation. La télévision birmane est toujours très sobre…

L’Occident l’a abandonnée

Mais l’important à retenir, c’est que dix mois après le putsch, des manifestants défilent encore à Rangoun en criant « le pouvoir au peuple ! », derrière une banderole qui appelle à se libérer de la peur, c’est le slogan d’Aung San Suu Kyi. Cela dit, la nouvelle génération ne croit plus à la non-violence. C’est auprès des guérillas ethniques que les démocrates, les militants et politiques ont trouvé refuge.

Certains experts assurent que la Chine soutient certains rebelles, que les Américains en arment d’autres. Mais ni l’un ni l’autre ne veulent trop se mouiller. C’est l’organisation régionale lycéenne qui est censée négocier avec le médiateur. Et ça ne mène nulle part.

Reste une évidence : en 70 ans d’indépendance, la Birmanie a connu dix ans de croissance, cinq ans de liberté grâce à Aung San Suu Kyi. Elle misait sur la patience, la prudence. Et il en faut dans un pays avec 135 ethnies et une armée féroce. Ceux qui l’ont dénoncée pour la tragédie des Rohingyas n’avaient aucune idée des difficultés qu’elle affrontait et des menaces qui pesaient sur elle. L’Occident l’a abandonnée alors qu’elle était la seule qui pouvait en finir avec la tyrannie, la corruption, la misère… Les militaires la jugent. Mais l’Occident l’avait déjà condamnée. Le désespoir des Birmans et l’effondrement du pays démontre qu’elle est digne de son prix Nobel. 

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